Archives mensuelles : octobre 2013

Lagerfeld poursuivi pour discrimination

Karl Lagerfeld est un habitué des formules choc, et c'est peut-être pour cela qu'on l'aime..

… A condition toutefois de ne pas franchir certaines limites.

Pour avoir tenu des propos peu flateurs sur les femmes rondes, il va donc devoir en répondre devant les juges.

Les faits

Invité de D8 lors de l'émission Grand 8, Karl Lagerfeld s'exprime ainsi : "le trou de la sécurité sociale, c'est aussi toutes les maladies attrapées par les gens trop gros".

ou encore "Personne ne veut voir de rondes sur les podiums".

La portée

Ces propos sont à la fois discriminatoires et diffamatoires. La plainte de l'association "Belle, ronde, sexy et je m'assume" a donc de fortes chances d'aboutir.

En publicité, on rencontre souvent une problématique liée, le publicitaire n'utilisant que des mannequins longilignes quand ils ne sont pas anorexiques.

Pour nous, une chose est sûre : même ronde une femme peut-être belle. On ne peut que regretter les propos de Monsieur Lagerfeld.

Faut-il craindre un retour du greenwashing automobile?

Est-ce le fruit d'un hasard sans suite ou les signes avant-courreurs d'un retour du greenwashing dans le secteur automobile?

En effet, sur 9 cas soumis au JDP dans sa séance du 23 octobre, 3 concernent l'abus de l'argument écologique chez les constructeurs automobiles.

Hier, nous relations la condamnation par le JDP de la publicité en faveur de la Mitsubishi I-Miev pour avoir confondu "100% électrique" et "100% écologique".

Deux autres cas sont assez proches

leaf source visuel : dieselstation.com

Celui de la Nissan Leaf est quasiment identique au cas de la i-Miev. Voiture électrique que son constructeur met en valeur avec les mots suivants " L'esprit électrique – consuite fluide, confortable, économique et propre… la Nissan Leaf n'a aucun impact sur l'environnement"

Pour l'Observatoire du Nucléaire qui a saisit le JDP, même électrique, une voiture a un impact environnemental par sa fabrication industrielle et … sa consommation d'électricité.

C'est donc à bon droit que le JDP fait preuve de rigueur en estimant que le "n'a aucun impact sur l'environnement" n'est pas conforme aux régles déontologiques et présente un caractère trompeur.

Le cas de la Hyundaï i-40 est un peu différent.

i40 source visuel : autosblog.fr

Il ne s'agit plus d'une voiture électrique, mais d'une voiture diesel dont la publicité dit "Hyundaï i-40, soyez exigeant… Elle vous offre des performances extrèmes et émet de très faibles émissions". Ces émissions sont précisées dans la même publicité (puisque c'est une mention obligatoire). Elles sont situées entre 113 et 159 grs selon les modèles.

L'association Agir pour l'Environnement saisit le JDP, jugeant cette publicité trompeuse et obtient gain de cause.

En effet, le JDP estime, et à juste titre, qu'à défaut de toute précision de comparaison, les émissions de la i-40 sont proches de la moyenne nationale actuelle (124 grs) et qu'elles ne sauraient donc être qualifiées de "très faibles". La publicité est bien trompeuse.

Espérons que ces 3 exemples serviront de warning aux publicitaires, car un retour en force du greenwashing ne servirait la cause de personne.

Voiture « écologique » : une décision fondée du JDP

miev source visuel : insideevs.com

Dans une décision du 23 octobre, le JDP vient de condamner une publicité internet de la marque automobile Misubishi pour l'un de ses modèles, la I-Miev

Dans cette publicité, cette voiture électrique est en effet présentée comme "100% écologique".

Avec beaucoup de pertinence, le JDP considère que cette qualification est abusive et de nature à induire le consommateur en erreur.

Le JDP rappelle que la recommandation "Développement durable" édictée par l'ARPP demande aux annonceurs de relativiser leurs affirmations et de ne pas exagérer le caractère écologique du produit présenté. Il rappelle que le qualificatif de 100% écologique ne peut être admis que si le produit n'a aucun effet négatif sur l'environnement.

En l'espèce, la voiture est 100% électrique.

Mais pas100% écologique.

En effet, pour circuler, cette voiture va consommer de l'électricité (sans doute nucléaire d'ailleurs). Elle a donc un impact sur l'environnement et ne peut mériter d'être qualifiée de "100% écologique".

Une décision pleine de bon sens.

INEDIT : buraliste vs vendeur de e-cigarettes

C'est un procès inédit qui s'est joué au tribunal de commerce de Toulouse aujourd'hui.

e cigarettesource visuel : vdlv.fr

Le contexte

A Plaisance-du-Touch dans la banlieue de Toulouse, un buraliste et un vendeur de e-cigarettes sont à 150 mètres l'un de l'autre.

Le buraliste, soumis à la loi Evin, ne peut faire aucune publicité pour un produit de tabac – y compris les e-cigarettes qu'il vend également. Il a par exemple interdiction de faire de la publicité pour la e-cigarette sur sa vitrine.

Le vendeur de e-cigarettes peut librement communiquer sur son produit, et notamment sur sa vitrine.

L'action

Assez logiquement, le buraliste poursuit le vendeur de e-cigarettes en concurrence déloyale : les deux activités sont inégales devant la loi.

Les enjeux

Les enjeux de cette action sont nombreux :

– certaines e-cigarettes peuvent contenir (à plus faibles doses) de la nicotine. Cela suffit-il à les considérer comme un "produit du tabac", alors soumis à la loi Evin interdisant toute publicité (ou presque)? Nous aurions quant à nous tendance à dire "oui"

– si le statut de "produit du tabac" était reconnu, devrait-on en déduire que ce commerce doit alors être soumis au monopole de l'Etat? Ce qui ramènerait la e-cigarette chez le débitant de tabac. Là aussi, il y aurait une certaine logique dans le raisonnement juridique.

– rappelons que le 8 octobre, le Parlement européen a voté un projet interdisant la vente des e-cigarettes aux mineurs, mais surtout l'interdiction de la publicité. Si ce projet venait à être adopté définitivement, le procès en cours ne serait pas pour autant privé de son intérêt. En effet, les directives européennes doivent ensuite être réintégrées dans les textes nationaux, ce qui peut se calculer en mois, voire en années.

Quant au jugement, étant mis en délibéré, nous devrons attendre le 9 décembre. Mais l'enjeu est de taille. Nous le suivrons pour vous.

Violence : les errements de Facebook

numerama.com

Lundi, la BBC révèle la présence sur Facebook d'une scène d'une rare violence (qui serait tournée au Mexique) ; la décapitation d'une femme par une homme masqué. Cette vidéo est intitulée "Défi, est-ce-que quelqu'un arrivera à regarder cette vidéo,"

Alerté, dans un premier temps, le réseau social refuse de la retirer, argumentant que les scènes de violence sont parfois montrées pour être dénoncées (on est alors un peu surpris du titre donné à la vidéo?). Mais devant les pressions, Facebook finit par supprimer la scène.

Occasion pour nous de faire le point sur les limites de ce qui est permis.

Après avoir longtemps interdit les scènes de violence, Facebook les a finalement autorisées, à condition qu'elles n'en fassent pas l'apologie. Facebook se fait donc juge de la motivation qui a pu pousser le membre à poster la scène de violence. On rentre là dans des critères très subjectifs et qui ne tiennent pas compte des différences culturelles. Le critère ne peut donc pas être satisfaisant.

A titre de comparaison, on sait que Facebook interdit totalement la nudité, même lorsqu'elle est artistique (on se souvient des Origines du Monde…). Pourquoi le réseau social n'applique-t-il pas les mêmes critères en essayant de discerner ce qui pourrait être considéré comme une apologie du pornographique? Sans doute parce que c'est impossible. A notre sens, ce ne l'est pas davantage pour la violence. Et la nudité serait-elle plus dangeureuse que la violence?

Comparons avec la publicité. Les scènes de violence y sont interdites, sauf à des fins éducatives.

Comparons avec le petit écran. Les scènes de violence sont formellement encadrées, par les horaires de diffusion, par les avertissements (- de 10, – de 12, – 16 ans).

Alors certes, Facebook n'est pas un média et poster une vidéo n'est pas un acte publicitaire. Sûrement. Mais Facebook vit de la publicité.

Au nom de la liberté d'expression, tout ne peut être autorisé. En tous les cas, pas sur un réseau social ouvert à tous. Personne n'aimerait que ses enfants ne tombent sur ce genre de spectacle qui peut être très traumatisant. Pensons aussi aux personnes fragiles.

Non, décidémment, tout ne peut être permis sur un réseau social.

D'ailleurs, si Facebook n'avait pas retiré la vidéo, des poursuites en complicité d'apologie du crime pourrait être envisagées (statut d'hébergeur).

Protection des noms de domaine et contrefaçon : lecas GUCCI

gucci   source visuel : lesechos.fr

C'est un exemple intéressant outre atlantique de lutte contre la contrefaçon et de la protection des noms de domaine.

En mai dernier, la maison Gucci (groupe Kering) porte plainte contre trois sites vendant des produits contrefaits. Elle saisit le juge fédéral de l'Etat de Floride.

Elle vient d'obtenir gain de cause par une décision du 16 octobre, et sans doute au-delà de ses espérances.

En effet, ce sont pas moins de 155 noms de domaine qui sont interdits par le juge et retransférés à la maison Gucci. Tous utilisaient le nom de la marque dans leur nom de domaine.

Gucci obtient, outre la fermeture de ces sites, l'interdiction d'utiliser la marque et les signes distinctifs de Gucci, ainsi que 144 millions de dollars de dommages-et-intérêts.

 

L’autorégulation est-elle en crise?

jdp  source visuel : mobile.jdp-pub.org

Deux condamnations de campagnes publicitaires ont, ces dernières semaines déclenché les passions dans les milieux professionnels et fait remettre en cause l'autorégulation telle qu'elle est organisée dans notre pays.

De la Smerep aux chips Lays

Tout débute avec la plainte déposée par les Chiennes de Garde en juillet contre une vidéo virale de la Smerep. L'association militante parvient à faire condamner cette vidéo comme véhiculant stéréotypes et message sexiste, puisqu'en effet, le 6 septembre le JDP se prononce pour l'arrêt de la diffusion de cette campagne. Signalons aussi, et cela a sans doute son importance, que le Ministère des Droits des Femmes dépose également plainte.

C'est alors que quelques jours plus tard, le 17 septembre, Dominique Baudis – pourtant homme de médias – saisit le CSA au sujet du clip publicitaire des chips Lays, ce clip qui montre deux personnes âgées se battre pour un paquet de chips. Pour Dominique Baudis, le clip porte atteinte à la dignité de l'homme et plus spécifiquement à celle des personnes âgées.

Nous avions relaté dans des posts précédents ces deux affaires.

Les passions se déchainent

Ces deux condamnations entrainent de vives protestations dans les milieux publicitaires.

Certains d'y voir une menace sur la créativité. D'autres d'accuser l'organisation à la française de l'autorégulation de la profession, avec une remise en cause de l'ARPP et du JDP. Essayons d'y voir un peu plus clair.

L'autorégulation en France

Les professionnels de la communication l'ont compris, plus la profession s'autorégulera, moins le cadre juridique sera contraignant.

Alors, d'où vient cette autorégulation? Principalement de l'ARPP qui édicte des recommandations. Mais aussi de différentes instances comme le Conseil Paritaire de la Publicité et le Conseil de l'Ethique publicitaire. Et on aurait tort d'oublier le rôle joué par la Chambre de Commerce Internationale avec son Guide des pratiques loyales.

Quant au JDP mis en cause dans ces affaires, son rôle est de recevoir les plaintes et de les traiter.

Principaux reproches

Le JDP depuis quelques jours se voit affublé de bien des défauts.

Olivier Mongeau, Rédacteur en Chef de Stratégies lui reproche sa composition. Il est vrai que le JDP ne comporte aucun professionel de la publicité, qu'il s'agisse de représentants des annonceurs ou des agences. Il est composé de membres de la "société civile" : des magistrats, médécins, universitaires, journalistes. Faut-il le regretter? Un JDP composé de professionnels de la publicité serait-il plus crédible? Serait-il indépendant? D'autant que dans la procédure d'instruction des plaintes, l'annonceur et l'agence sont largement appelés à faire connaître leur point de vue et à le défendre (ce qu'ils ne font d'ailleurs pas toujours). Le JDP est là, rappelons-le, pour protéger la société civile (nous consommateurs) contre les dérives publicitaires.

Vincent Leclabart, Président de l'AACC réclame qu'une procédure d'appel soit mise en place, comme dans les instances judiciaires.

Mais justement, nous ne sommes pas dans une instance judiciaire. Et cette procédure d'appel présente des risques. En tout premier lieu, le risque de brouiller le message. Un JDP qui condamne un jour et qui le lendemain réhabiliterait, qu'en penserait le consommateur? Un appel rallongerait d'autant les délais. Or, on le sait, une campagne publicitaire est souvent éphémère. Serait-il suspensif, avec tous les risques que cela supposerait? Et qu'elle serait la composition de cette commission d'appel? Le plaigant pourrait-il lui aussi faire appel lorsque le JDP classe sa plainte sans suite ou la considère comme infondée? (Sur 645 plaintes en 2012, seules 70 ont abouti à une délibération du JDP).

Dans le dernier numéro de Stratégies, Eric Andrieu, avocat au Cabinet Péchenard & Associés assimile à une "délation" le fait de permettre à un citoyen de se rendre sur le site du JDP et, d'un clic, de porter plainte. Pourtant, si on veut que le consommateur puisse réagir face à une campagne qui le choque, il faut que la procédure soit simple et accessible. D'ailleurs, nous ne pensons pas que le consommateur moyen se rende régulièrement sur le site du JDP. Lorsqu'il dépose plainte, c'est donc à la suite d'un acte réfléchi (on l'espère) et non parce qu'il est arrivé par hasard sur le site du JDP. Les chiffres confirment également l'absence totale d'abus en la matière : 645 saisines est un chiffre ridiculement bas par rapport au nombre de publicités et de campagnes publicitaires lancées chaque année. Et les consommateurs ne sont pas les seuls à agir.

L'argument de la créativité revient très souvent. Bon nombre de publicitaires craigant que les condamnations du JDP ne tuent la créativité.

La créativité est absolument nécessaire à la publicité, à une époque où, selon la toute dernière étude SOFRES "Publicité & Société", 64% des Français la trouve banale.

Mais l'argument est trop facilement utilisé.

Poser des règles de dignité, de décence, de contrôle des stéréotypes ou de la violence ou encore du sexisme, … en quoi serait-ce contraire à la créativité du publicitaire?

La publicité est un art difficile. Il demande exigence.

Etonnament dans ce débat, personne ne semble demander une séparation plus franche entre l'ARPP et le JDP qui en est une émanation. Difficile d'être juge et partie.

Une chose est certaine, ce débat ne doit pas être pris à la légère, à un moment où la même étude Sofres nous révêle que seuls 14% des Français se déclarent spontanément publiphiles contre 33 publiphobes. La route sera encore longue….

PUB TV : le pas en arrière du gouvernement

pub tv  source visuel : yoo-mag.fr

On avait annoncé l'assouplissement des règles de publicité télévisée, notamment au profit de la grande distribution et du cinéma.

Mais jeudi, notre Ministre déclare y renoncer.

La situation de la presse écrite y est sans aucun doute pour beaucoup dans cette décision. Cette libéralisation aurait en effet signifié une baisse du chiffre d'affaires publicitaire de la presse écrite, déjà bien mise à mal par une baisse des ventes.

Mais nul doute que la question se reposera et que l'on ne peut pas ignorer non plus en la matière le rôle que jouera internet dans l'avenir.

Facebook et les mineurs : du nouveau

numerama.com

Rappelons d'abord que, par principe, Facebook est interdit aux mineurs de moins de 13 ans.

Pour les adolescents et les jeunes adultes entre 13 et 17 ans, Facebook vient de définir des nouvelles règles de paramétrage des comptes. Ces règles ne s"appliqueront apparemment pas, selon les informations du réseau, aux comptes déjà ouverts, mais à ceux qui le seront dans l'avenir. Deux modifications principales :

Amis et non "amis d'amis"

Désormais le compte du mineur sera paramétré sur "amis" par défaut (avec possibilité bien sûr de modifier ce paramétrage). L'avantage de cette mesure est de bloquer les messages d'inconnus. Cela ne bloque cependant pas les messages d'un membre d'un groupe auquel le mineur appartient.

"Public"

Jusqu'à présent, le compte du mineur ne pouvait pas être paramétré sur "public". Ce sera désormais possible, mais ce sera un choix délibéré. Les publications du mineur seront alors accessibles à tous.

Le mineur recevra toutefois un pop-up d'alerte lui expliquant les conséquences de ce choix.

La publicité sur les chaines publiques avant 20 heures devrait être maintenue

 

lemediaplus.com

Si on en croit le projet de réforme de l'audiovisuel, actuellement en débat au Parlement, la loi prévoyant la suppression totale de la publicité sur les chaines publiques ne sera pas appliquée.

Rappelons que cette mesure, d'ailleurs déjà repoussée à deux reprises, devait s'appliquer au 1er janvier 2014, donc demain!

Les deux assemblées s'étant apparemment entendues sur un texte commun, un retour en arrière semble peu envisageable.

C'est donc la voix de la raison économique qui l'emporte ici, à un moment où les chaines publiques ont déjà bien du mal à boucler leurs budgets