Archives mensuelles : mars 2017

Instagram floute les contenus sensibles

En septembre dernier, Instagram avait promis à ses 12 millions d’abonnés français un « environnement sûr« . Instagram entend tenir sa promesse et s’apprête à flouter les contenus sensibles.

cnetfrance.fr

source : cnetfrance.fr

La promesse d’Instagram : qu’un utilisateur ne puisse être choqué en consultant son fil. Dans la pratique, le réseau met en place un léger floutage des photos ou des vidéos qui lui auront été signalées comme sensibles par un utilisateur. Une sorte « d’auto-protection » en quelque sorte. Bien entendu, le contenu signalé ne sera pas flouté sans vérification par des experts, collaborateurs du réseau.

Mais l’utilisateur qui le souhaite pourra très aisément « déflouter » en cliquant sur le contenu, accédant ainsi à la vidéo ou à la photo « protégée ». Le système est donc astucieux : les utilisateurs sont protégés, mais les contenus finalement non censurés, restant accessibles aux utilisateurs qui le souhaitent.

En cas de floutage, un avertissement apparait : « Contenu sensible. Cette photo contient du contenu que certaines personnes peuvent juger offensant ou dérangeant ».

m.2m.ma

source : m.2m.ma

Sexisme et discrimination, la Ville de Paris montre la voie

Le Conseil de Paris veut interdire les campagnes d’affichage sexistes ou discriminatoires. Quels sont les enjeux?

Le récent scandale de la campagne YSL a -t-il contribué à la décision prise hier 28 mars par le Conseil de Paris. Une campagne qui avait suscité 150 plaintes, entraîné le retrait des affiches et une décision rapide et sans fioritures du JDP…

Sur demande du groupe communiste, le Conseil de Paris vient d’adopter l’interdiction sur le réseau d’affichage parisien, des campagnes sexistes ou discriminatoires. La publicité dégradante pour la dignité humaine est donc désormais bannie du territoire parisien. En France, c’est une première. Mais Londres a déjà adopté une décision semblable.

Il appartiendra à JC Decaux de faire respecter cette décision. La Société JC Decaux vient en effet d’obtenir le renouvellement de la concession des panneaux d’affichage de la Ville de Paris et s’est engagée contractuellement à veiller au grain.

Pour notre droit, en cas de campagne qui dérape, la responsabilité de l’annonceur n’est pas la seule à pouvoir être mise en cause. L’agence, l’imprimeur, et le média peuvent être également poursuivis en responsabilité. Ce qui est ici nouveau, c’est que l’afficheur s’engage contractuellement. Et que son contrôle devient préventif.

La maison JC Decaux va donc devoir visionner toutes les affiches, sans doute avant leur impression. En cas de doute, on imagine un comité d’experts prêt à intervenir. A moins que Decaux ne décide de faire appel à l’avis de l’ARPP – qui, rappelons-le, est facultatif en matière d’affichage. Bien-sûr, on sera parfois sur des timings serrés…

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Cette affiche Darty passerait-elle l’étape contrôle?

On ne peut que se réjouir de cette volonté de faire la chasse aux campagnes qui ternissent l’image de la publicité dans notre pays et qui peuvent choquer bien des consommateurs ou des personnes plus sensibles. On ne peut donc que féliciter la Ville de Paris d’avoir osé montrer l’exemple. Néanmoins, est-ce la bonne solution? Est-il sain de demander à un afficheur d’être l’éventuel censeur des campagnes d’affichage? Même si cette solution est évidement la plus rationnelle…

Comment rendre la publicité digitale plus sûre?

Internet est devenu en 2016, le 1er média publicitaire. Mais le doute s’est largement installé sur la sécurité et la fiabilité des impressions. Un grand ménage s’impose pour ramener la confiance des annonceurs.

taxe

La publicité sur internet a représenté, en 2016, 3,5 milliards d€, ravissant la 1ère place à la télévision avec 29,6% du marché. Mais dans le même temps on estime qu’une impression sur deux serait fictive… Et dernièrement Google en Europe mais aussi aux USA a été ébranlé par le scandale des contenus douteux. Quel annonceur accepterait de voir ses publicités digitales affichées sur des sites faisant, par exemple, l’apologie du crime ou de la haine?

Pour tenter de remettre un peu d’ordre, mais surtout, de ramener un peu de confiance, 3 projets sont en préparation.

Digital ad trust

L’été dernier, SRI et Udecam ont promis un label pour les éditeurs de sites et d’applications. Le cahier des charges de ce label est en discussion, confié au CESP et à l’Alliance ACPM. Le référentiel retiendrait 5 critères : la sécurité de la marque, la visibilité, la fraude, l’expérience utilisateur et le respect des données personnelles. Le label pourrait voir le jour d’ici fin 2017. Les annonceurs disposeraient de moyens de contrôles tant techniques que déontologiques.

Coalition for Better

La Coalition vient de publier récemment (le 22 mars) un jeu de formats de publicités acceptables. Des propositions qui semblent faire consensus et qui devraient libérer l’internaute des formats les plus intrusifs.

On se rappelle aussi que récemment, YouTube a annoncé l’abandon des formats longs… Une mesure qui va dans le bon sens.

La Loi Sapin

Nous relations dans nos colonnes dernièrement l’extension de la Loi Sapin au numérique. Une loi qui va obliger les éditeurs de sites et les régies à respecter un certain nombre d’obligations et à transmettre certaines informations aux annonceurs. En quelque sorte, rendre des comptes… comme le font finalement tous les autres médias.

Espérons que ces projets contribueront à rassurer annonceurs et internautes. C’est la fiabilité de la publicité digitale qui est ici en cause.

Google s’engage à lutter contre les contenus douteux

On le sait, sur le net, tout n’est pas recommandable et … recommandé. Les sites diffusant des contenus douteux existent et peuvent porter préjudice. Google prend l’engagement d’agir. Mais il y a contenu douteux et … contenu douteux !

youtube

Des fake news…

Le net est rempli de fake news, ces « fausses nouvelles ». Elles sont préjudiciables à la nécessaire sécurité de l’information, surtout lorsque Google entend la monétiser. Google a donc intérêt à lutter et vient de signer un accord permettant aux internautes de signaler une fake news. Si ce signalement est confirmé par 2 médias (8 ont signé l’accord en France), un avertissement sera alors mis sur le site concerné pour prévenir les internautes et Google s’engage alors à ne pas y diffuser de publicités. Il faudra sans doute un peu de temps pour que les choses deviennent effectives, mais le mécanisme est intéressant.

… aux sites haineux

Les fake news ne sont rien face à la problématique posée par les sites prônant la violence ou la haine. L’actualité nous amène au Royaume Uni où plusieurs grandes marques (Mac Do, Mark & Spencer, HSBC) ont récemment suspendu leurs publicités, notamment sur You Tube, au motif qu’elles étaient diffusées sur des sites en total désaccord avec les valeurs de la marque. On évoque l’exemple d’un site faisant l’apologie du viol…

Devant cette situation, Google se devait d’intervenir et a pris l’engagement de retirer le plus rapidement possible les publicités de ces sites. Les sites concernés sont ceux aux contenus haineux, offensants, violents, racistes ou encore sexistes. Mais la liste n’est sans doute pas limitative. Les sites pornographiques ou pédophiles sont aussi visés. Comme ceux faisant l’apologie du terrorisme. Google s’engage également à ne pas diffuser de publicités sur les chaines Youtube ne respectant pas un minimum de règles. Google promet aussi de mettre en place des outils de contrôle au bénéfice des annonceurs.

Bien entendu, il est de l’intérêt commercial de Google d’agir. Mais il en va aussi de l’intérêt des marques et des internautes. Tous ces acteurs ne sont-ils pas finalement impliqués dans la recherche d’un internet plus sûr?

En France, c’est aussi un des objectifs de la Loi Sapin étendue au numérique que de permettre à un annonceur d’avoir une meilleure visibilité (et donc contrôle) quant aux sites sur lesquels ses publicités sont diffusées

Le JDP, gardien d’une publicité plus responsable

Le Jury de Déontologie Publicitaire, structure associée à l’ARPP, mais indépendante dans ses décisions, a pour mission de se prononcer sur le respect (ou non) des règles de déontologie publicitaire. Nous vous proposons un petit voyage de 12 mois au cœur de son activité.

Sur cette période, allant du 1er mars 2016 au 28 février 2017, le JDP a rendu 42 avis. Mais quels sont les médias et les secteurs les plus concernés? Quelles sont les recommandations les plus méconnues? Qui sont les plaignants? Éléments de réponses.

Les médias qui ont sur cette période suscité le plus de plaintes auprès du JDP sont à égalité l’affichage et internet, représentant l’un et l’autre 38% des plaintes. Les actions de marketing direct n’étaient pas en reste, représentant plus de 16% des plaintes, avec une mention particulière pour le publipostage. A noter que la presse était relativement assez peu concernée (7%).

On sait que toute personne peut saisir le JDP, qu’elle soit physique (particulier) ou morale (association, professionnel, société…). Les actions sont très majoritairement introduites par des particuliers, qui représentent 88% des saisines. Les associations sont à l’origine de 16,6% des demandes. Le JDP peut bien-sûr être saisi par plusieurs personnes, la palme revenant à l’action intentée contre Bagelstein, qui a elle seule, a réuni 400 plaintes de particuliers. Mais dans 71% des cas, la demande est introduite par une seule personne.

bagelstein

La publicité Bagelstein à l’origine de plus de 400 plaintes

Si l’on s’intéresse aux secteurs d’activités, l’alimentaire/restauration, l’automobile, l’équipement de la maison/décoration arrivent en tête avec chacun un peu plus de 14% des plaintes engagées.

Mais sur quelles recommandations de l’ARPP se fondaient ces actions? La recommandation « Image et respect de la personne humaine » est de loin la plus sur la sellette avec plus de 78% des plaintes. Et c’est très largement l’image de la femme qui est en cause. La femme objet reste malheureusement d’actualité…

Quel sort le JDP a-t-il réservé à ces actions? Dans presque 74% des cas, il a fait droit à la demande. Dans 15% il a déclaré la demande non fondée et dans 11% partiellement fondée.

Le JDP est une instance nécessaire dans le paysage déontologique publicitaire. Il est là pour rappeler que la publicité repose sur des règles dont le respect permettra de préserver les intérêts de toutes les parties prenantes. Il est au cœur de la bataille pour une communication plus responsable.

 

L’affichage nutritionnel est (enfin) choisi

L’affichage nutritionnel mijote depuis un peu plus de 2 ans. Avec comme enjeu la qualité de notre alimentation et donc … notre santé.

C’est sans doute un des paradoxes de notre époque. Jamais le marketing des marques alimentaires et de la grande distribution ne se sont autant soucié de notre santé. Et dans le même temps les grands groupes agroalimentaires n’ont jamais autant dépensé en action de lobbying (1 milliard d’€ selon franceinfo) pour tenter de faire capoter les projets d’affichage nutritionnel.

Mais revenons sur les faits. En septembre dernier, le gouvernement lance une enquête terrain à laquelle participent une soixantaine de supermarchés. Le but de cette expérience est de déterminer, parmi 5 logos d’affichage nutritionnel proposés, lequel semble le plus pertinent au consommateur (voir notre article du 24 novembre dernier).

Madame Touraine vient de trancher. Le logo retenu sera le nutri-score autrement appelé 5-C. Parce que 5 couleurs : du vert au rouge, en passant par le jaune et l’orange.

pleine vie

source visuel : PleineVie.fr

Cet affichage est sensé alerter le consommateur sur les teneurs en sucre, sel, graisse… Le logo retenu a pour lui d’être facile à comprendre et d’être très visuel. Mais tout affichage nutritionnel a ses limites. La bonne santé alimentaire, c’est d’abord un équilibre. Manger une tartine de Nutella (produit qui serait sans doute classé E) de temps à autre ne nuit pas à la santé. En manger tous les jours est une autre histoire. A l’inverse, ne consommer que les produits classés A ne risquerait-il pas d’entraîner certaines carences nutritionnelles? Finalement, le vrai enjeu n’est-il pas dans l’éducation nutritionnelle? Et si les marques jouaient le jeu? Assumant ainsi leur rôle sociétal et citoyen?

Les décrets d’application sont annoncés pour avril. Tout va dépendre des choix qui seront faits. Va-t-on imposer une taille minimale au logo? Sera-t-il sur le devant de l’emballage? Comment le classement sera-t-il déterminé?

Mais d’ores-et-déjà une chose est sûre : cet affichage sera facultatif. Les marques pourront donc faire le choix de ne pas l’utiliser…

(Petits) dérapages au service de com de Béziers…

En avril 2015, la ville de Béziers avait déjà indisposé une partie de ses administrés avec sa campagne d’affichage relative à l’armement de sa police municipale. Elle remet le couvert avec une nouvelle campagne, cette fois-ci en faveur du ravalement des immeubles.

Visuel_PM_BEZIERS

source visuel : jdp

La campagne en faveur de l’armement des policiers municipaux partait sans doute d’un bon sentiment, celui de prévenir les administrés. Mais choisir l’affichage, (donc opter pour une campagne visible de tous, y compris des plus jeunes), était-ce le bon moyen? En termes de dissuasion, on peut en douter. Mais là n’est peut-être pas la question… En cause, l’affiche. Outre un gros plan sur une arme, c’est surtout le message qui a eu du mal à passer : « Désormais, la police municipale a un nouvel ami ». Une campagne sanctionnée par le Jury de Déontologie Publicitaire, estimant que comparer une arme à un ami pouvait avoir pour effet de banaliser la violence.

C’est aujourd’hui une annonce presse de la Municipalité pour promouvoir le ravalement des immeubles qui défraie la chronique. Et pour cause! L’annonce, parue dans la revue municipale de février, montre une femme « avant «  et « après » … un ravalement ! Avec comme slogan : « Ravalement de façades, on continue ».

BEZIERS RAVALEMENT

source visuel : madame.figaro.fr

Bien entendu, cette affiche peut-être lue avec humour. Mais elle a un tel relent de femme objet que le rire est … jaune.  Bien des personnes estimeront, sans doute à juste titre, que la comparaison est dégradante. Et en cette veille de journée de la femme, beaucoup le regretteront!

Il ne nous appartient pas de donner des leçons au service de communication de la Ville de Béziers, un service sans doute par ailleurs talentueux. Mais là, nous avons juste envie de dire NON.

 

#YSL, femme libérée ou femme soumise?

La dernière publicité de la marque #YSL est sans aucun doute un modèle de communication … non responsable, bien loin des prescriptions déontologiques de la profession. Une publicité regrettable à la veille de la journée de la femme…

Tout n’est pas permis en matière de publicité. La volonté de faire le buzz ne justifie pas tout. La publicité responsable est celle qui n’applique pas forcément l’adage « la fin justifie les moyens ».

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source visuel : twitter.com

On attend d’une grande marque qu’elle respecte les règles déontologiques. Cette publicité de la marque YSL en méconnait au moins quatre que nous avons relevées dans la recommandation de l’ARPP « Image et respect de la personne humaine ». On aimerait que le service de communication d’YSL prenne le temps de les relire :

1.1 La publicité ne doit pas être susceptible de heurter la sensibilité, choquer ou même provoquer le public en propageant une image de la personne humaine portant atteinte à sa dignité et à la décence.

1.3 D’une façon générale, toute représentation dégradante ou humiliante de la personne humaine, explicite ou implicite, est exclue, notamment au travers de qualificatifs, d’attitudes, de postures, de gestes, de sons, etc., attentatoires à la dignité humaine.

2.1 La publicité ne doit pas réduire les personnes humaines, et en particulier les femmes, à la fonction d’objet.

4.1 La publicité doit éviter d’induire une idée de soumission ou de dépendance dévalorisant la personne humaine et en particulier les femmes.

Regrettons aussi l’emploi d’un mannequin anorexique, là aussi, contrairement aux engagements de la profession et aux textes réglementaires qui aujourd’hui pose des normes en matière de masse corporelle.

Alors, comment une grande marque comme YSL peut-elle ainsi déraper? Yves Saint Laurent serait sans doute gêné par cette publicité, lui qui avait tant souhaité la libération de la femme. Une libération qui, en l’espèce, se transforme en soumission. Et qui nous afflige.