Archives mensuelles : septembre 2017

Le « décret photoshop » entre en application

Adopté le 4 mai 2017 (voir notre post du 6 mai), le décret dit « photoshop » entre en application le 1er octobre. Il crée une nouvelle obligation, celle de préciser si la silhouette d’un mannequin a été retouchée. Contours.

DOVE

Source : Kaleidoskopiak

Objectifs visés

Ce décret veut avant tout protéger la jeunesse (les adolescent(e)s notamment) contre la dictature de la beauté. Lutter contre les risques de dévalorisation de soi, et les risques de l’anorexie. « Rose, rassure-toi, le corps parfait n’existe pas » est sans doute le message central de ce décret… Pour preuve le fait que ce décret soit intégré au Code de la Santé publique (art 2133-2).

Cibles et responsabilité

Le décret vise en tout premier lieu les annonceurs. C’est donc à l’annonceur à veiller au respect du décret, même en cas d’achat de photo dans une banque d’images. Bien-sûr, les prestataires de l’annonceur (agence, studio photo…) pourraient être poursuivis en complicité. Mais en cas d’infraction au décret, l’annonceur reste l’auteur principal.

Le décret vise également les agences de mannequins et les mannequins eux-mêmes.

Le champ d’application

Ne sont visées que les photos de mannequin à usage commercial et insérées dans un message publicitaire faisant l’objet d’une communication au public (affichage, presse, internet principalement). A défaut de précision du décret, on peut considérer que tout type de communication publicitaire est concerné, qu’il soit média ou hors-media.

Mais attention, le décret ne vise que les retouches concernant la silhouette du mannequin, donc lorsque la silhouette a été affinée ou épaissie par un logiciel de retouches d’image (photoshop ou autre). Les autres retouches (couleur, reflet, suppression d’une petite tache de peau, modification du grain de peau…) ne sont pas visées par le décret.

La mention obligatoire

La photo retouchée devra être accompagnée de la mention « Photographie retouchée ». Cette mention devra apparaître de façon

  • accessible
  • aisément lisible (donc pas en contre sens de la lecture)
  • de manière clairement différenciée du message publicitaire (couleur ou fond en contraste). Il est d’ailleurs à noter que le décret renvoie de lui-même aux recommandations de l’ARPP, belle reconnaissance du travail d’autorégulation conduit depuis des années par cette institution.

A noter toutefois qu’aucune taille minimale de la mention n’a été imposée par le décret.

Les sanctions

En cas de non respect du décret, l’annonceur risque une amende pouvant atteindre 37 500€ ou 30% des dépenses de publicité engagées.

Un décret utile. Un décret qui rejoint les aspirations de nombre de consommateurs à la recherche d’une publicité plus véridique, d’une publicité qui ne mise pas que sur le paraître (ce qui n’interdit pas la part de rêve…). Bien des marques l’ont intégré (Dove depuis plus de 10 ans, Desigual plus récemment. Avec une mention toute particulière pour Asos et son engagement « zéro retouches » : la marque anglais ne supprime plus les vergetures ou les grains de beauté … ou autres boutons d’acné.

asos 2

 

Quand Asos ne corrige plus les vergetures sur les cuisses de ses mannequins

 

#Mannequinat : Kering et LVMH s’engagent

LVMH et Kering s’engagent pour faire bouger les lignes et lutter efficacement contre l’apologie de l’anorexie dans le mannequinat. Un engagement fort, impliquant une vingtaine de marques du luxe.

 

KERING

LVMH

C’est début septembre que les deux grandes marques ont signé une charte de bonne conduite et de responsabilité vis à vis de leurs mannequins. Cette charte est applicable partout dans le monde et concerne à la fois les séances photos et les défilés de mode. Elle va au-delà des prescriptions légales adoptées récemment et applicables depuis mai (voir notre post du 6 mai). Les principales dispositions visent à la fois à lutter contre l’anorexie, mais également à offrir aux mannequins des conditions de travail respectueuses de la personne. En voici les principales dispositions :

  • Les mannequins doivent fournir un certificat médical attestant d’une masse corporelle suffisante, certificat de moins de 6 mois alors que la loi se contente d’un certificat de moins de 2 ans
  • Les marques ne pourront pas employer des mannequins femmes d’une taille inférieure au 34 et hommes inférieure au 44
  • L’emploi de mineurs de moins de 16 ans pour mettre en valeur des vêtements adultes est interdit
  • Les scènes avec nudité ou semi-nudité doivent obtenir l’accord du mannequin et le cas échéant de son représentant légal
  • Les mannequins mineurs ne pourront pas travailler entre 22H et 6H et devront être « accompagnés » par leur agence
  • Les agences doivent apporter à leurs mannequins le soutien psychologique, voire psychothérapeutique dont ils peuvent avoir besoin.

On le voit, des mesures fortes. Espérons que, acteurs principaux du marché du luxe, Kering et LVMH réussiront à jouer le rôle de locomotive dans cette volonté d’offrir aux mannequins des conditions de travail décentes.

 

#Google s’engage contre la piraterie audiovisuelle

Selon une étude EY, 13 millions de personnes s’adonneraient en France à la piraterie audiovisuelle, ce qui représenterait 1,35 milliard de manque à gagner pour les ayants-droit. C’est dans ce contexte que Google vient de signer un accord avec les acteurs français.

youtube

Cet accord a été signé mardi 19 septembre au Ministère de la Culture. L’ALFA – Autorité de Lutte contre la Piraterie Audiovisuelle – en est le principal bénéficiaire. L’accord prévoit 3 mesures :

  • La mise à disposition par YouTube de son algorithme Content ID qui permet d’identifier et de gérer les droits. Cette mise à disposition est sans aucun doute la mesure phare de l’accord. Elle va permettre une identification et une centralisation des droits. Il sera alors possible à YouTube de bloquer les vidéos non respectueuses des ayants-droit
  • Une aide financière de Google au bénéfice de l’ALFA, pour une durée de 3 ans, renouvelables
  • Des actions de formation au profit des ayants-droit.

Un accord qui ne remplace bien-sûr pas l’action engagée par HADOPI, mais qui devrait permettre une meilleure protection des droits d’auteur sur le territoire français.

#CheckNews : « Demandez, nous vérifions pour vous »

A l’heure ou les fakenews se multiplient, nous saluons la belle initiative de Libé : permettre le dialogue direct entre un internaute et un journaliste. Et ainsi déjouer les fausses nouvelles et les rumeurs.

checkNews

Source visuel : checknews.fr

Lancé à titre expérimental durant la campagne présidentielle de mai dernier, CheckNews a repris du service ce 19 septembre. Mais cette fois-ci, à titre permanent. Durant la campagne, un test de 4 jours avait suscité 500 questions, qui elles-mêmes avaient engendré quelque 300 réponses.

L’idée est d’une grande simplicité : l’internaute pose directement sa question sur le site http://www.checknews.fr. Si le web ne fournit pas de réponse fiable, il a alors de grandes chances qu’un journaliste du service Désintox apporte une réponse qui se veut factuelle et sourcée. L’être humain remplace donc l’algorithme des moteurs de recherche. Ce qui permet à CheckNews de se définir comme « Le moteur de recherche humain ».

Le site proposera également une base de données des principales fakenews et intox que l’on trouve sur la toile et sur les réseaux sociaux.

Félicitons Libé de cette initiative qui indiscutablement apporte sa contribution au service d’une communication plus responsable.

Les taxes Netflix et YouTube publiées au JO

Votées respectivement en 2014 (taxe Netflix) et en 2016 (taxe YouTube), ces taxes attendaient leur décret d’application. Celui-ci vient d’être publié au Journal Officiel du 21 septembre. Leur entrée en vigueur est fixée au 1er janvier 2018. Tour d’horizon en 4 questions-clés.

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Quel objectif ces taxes poursuivent-elles?

Ces taxes visent à contribuer au financement des œuvres audiovisuelles françaises. Jusqu’à maintenant, seules étaient taxées les vidéos physiques et celles émises par des plateformes de TV ou de VOD françaises. L’objectif de ces nouvelles taxes est donc d’établir une équité de traitement fiscal entre les plateformes françaises et étrangères, mais aussi entre les plateformes payantes et gratuites.

Quelles seront les entreprises assujetties?

Seront assujetties toutes les entreprises de vente ou de location de vidéos physiques ou dématérialisées établies en France, ou mettant à disposition du public en France des œuvres audiovisuelles, y compris gratuitement. Seront donc assujetties les entreprises dont le siège est à l’étranger. Quelques exonérations sont prévues : notamment les plateformes d’information (médias) et AlloCiné.

Sont donc directement visées les principales plateformes : YouTube, Netflix, Amazon Vidéo, Twitch, Itunes, DailyMotion….

Quel est le montant de ces taxes?

Leur montant est de 2%, calculés sur le chiffre d’affaires (ou les revenus de la publicité si les œuvres sont mises à disposition gratuitement). La taxe passe à 10% pour les œuvres pornographiques ou celles prônant la violence.

Qui bénéficiera du produit de ces taxes?

Le produit de ces taxes sera versé au Centre National du Cinéma jusqu’à concurrence de 70 millions d’€. Au-delà, c’est l’État qui serait directement bénéficiaire.

Reste une inconnue : l’État français aura-t-il les moyens de recouvrer ces taxes à l’encontre des plateformes étrangères? A défaut, ces taxes pourraient bien revêtir un caractère anticoncurrentiel au détriment de l’industrie audiovisuelle française…