Archives mensuelles : octobre 2017

De l’intention à l’interprétation. Le cas #Dove

De l’intention à l’interprétation, il n’y a parfois qu’un pas, et les publicitaires le savent bien. Des publicités peuvent choquer. La faute peut être intentionnelle, mais il arrive aussi qu’elle participe d’une maladresse. Chacun se forgera une opinion sur la récente mésaventure de Dove.

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le début de la vidéo qui a provoqué le scandale

source : lexpress.fr

La semaine dernière, la marque Dove a déchainé les passions sur les réseaux sociaux américains. En cause, une vidéo publicitaire destinée à internet. Cette publicité vante les mérites d’une crème pour la peau. On y voit une femme noire ôter son T-shirt, ce qui laisse apparaître une 2ème femme à la peau… blanche. Il n’en fallait pas plus pour que de nombreux internautes accusent alors la marque de racisme. Les réactions vont jusqu’à l’appel au boycott des produits Unilever (#BoycottDove).

Et pourtant, cette vidéo a une suite. Car à son tour la femme blanche ôte son T-shirt, et on voit apparaître un 3ème visage de femme à la peau mate. Le message semble donc dire que la crème convient … à toutes les peaux, à toutes les femmes. Et là, on est loin du racisme !

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La vidéo dans son intégralité des 3 visages

source lalibre.be

L’erreur est sans doute pour Dove et son agence d’avoir été un peu vite en besogne. La marque n’a peut-être pas procédé au bon vieux pré-test de rigueur (il est bon parfois de revenir aux fondamentaux) qui aurait évité cette mésaventure dont Dove se serait bien passé. Un pré-test qui paraissait d’autant plus utile que Dove avait déjà connu une alerte en 2011 avec une publicité pour une crème hydratée. Une publicité plus difficile à défendre.

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La publicité de 2011 pour une crème hydratée

et qui pouvait être prise pour un message raciste

source : marianne.net

Pour conclure, rappelons que Dove a aussi été une marque pionnière dans la mise en valeur de la diversité des corps féminins. Alorsresponsable, mais pas coupable?

#Avis en ligne : un encadrement renforcé au 1er janvier

Nous présentions dans notre article du 11 décembre dernier la mise en place, dans le cadre de la loi numérique, de la norme NF Z 74-501 relative aux avis en ligne des internautes. Un an plus tard, une enquête de le DGCCRF révèle que bien des progrès sont encore possibles.

  • avis-en-ligne

Au moment de tester un nouveau restaurant, qui n’est pas influencé par les avis en ligne? Une enquête de 2014 révélait que 41% des consommateurs reconnaissaient avoir acheté un produit ou un service après avoir lu un avis positif. L’enjeu est donc de taille…

L’enquête de la DGCCRF (forte de ses 127 contrôles) fait ressortir un taux de non conformité de 35%. Parmi les principales fraudes :

  • les avis mis directement par le professionnel qui se fait passer pour un client
  • le fait de prétendre que les avis sont certifiés alors que la norme ne portent que le mode de collecte, la modération et le traitement.

Devant les enjeux, la réglementation sera renforcée dès le 1er janvier prochain. Le site devra assurer une information loyale, claire, transparente et fiable et préserver les conditions d’une saine concurrence. La véracité, les dates et le classement des avis risquent d’être particulièrement sous surveillance… Car au royaume de la concurrence, tout n’est pas permis.

Données personnelles : conscients des risques, les 18-24 ans ont cependant un comportement à risques

Le CSA a publié le 19 septembre dernier son rapport 2017 sur les Français et les données personnelles. Un rapport qui montre un certain paradoxe dans le comportement des 18-24 ans.

CSA

On sait les Français en général inquiets pour leurs données personnelles sur internet. 85% se déclarent, dans cette enquête du CSA conduite fin août, préoccupés. Mais c’est peut-être le comportement des 18-24 ans qui peut inquiéter.

Nés avec internet, beaucoup de ces jeunes en font leur terrain d’expression favori. Pour preuve, 72% reconnaissent y publier régulièrement des informations ou des photos personnelles, notamment sur les réseaux sociaux. 41% n’hésitent pas à laisser des données personnelles dans les forums.

Cette pratique quotidienne (pour la plupart) ne signifie pourtant pas que ces mêmes jeunes en ignorent les risques. Ainsi, ils se disent à 93% inquiets pour la protection de leurs données personnelles et à 48% très inquiets. Ils sont 61% à avoir déjà tenté d’effacer d’internet des données . 75% déclarent rechercher régulièrement des informations les concernant en tapant leurs nom et prénoms sur un moteur de recherche.

Un constat implacable qui prouve, s’il en était besoin, qu’une sensibilisation aux risques de l’outil est une nécessité. Certes, les dernières évolutions du droit national, le règlement européen applicable dans quelques mois, les décisions de la CJCE vont dans le bon sens. Mais la vigilance demeure de mise.

Droit à la déconnexion : tout doucement…

La loi El Khomri, dite « loi travail », a créé, dans son article 55, un droit à la déconnexion pour les salariés en dehors de leur temps de travail. (Voir notre article du 30 décembre dernier). Huit mois après son entrée en vigueur (1er janvier 2017), peut-on en faire un premier bilan ?

Il convient d’abord de rappeler que ce droit à la déconnexion est soumis à la négociation collective. Un premier bilan à moins de 12 mois n’est donc pas totalement significatif et doit être relativisé. Néanmoins, la fin de l’été a été marquée par deux enquêtes conduites chacune auprès d’un panel de 1 000 salariés.

IFOP

La 1ère enquête a été menée par l’IFOP entre le 7 et le 10 juillet. Et le résultat n’est pas en faveur de la déconnexion : 78% des personnes interrogées avouent continuer à se connecter sur leurs outils numériques, en dehors de leurs heures de travail. 37% avouent même le faire « souvent »… Les raisons avancées sont multiples :

  • les obligations professionnelles pour 31%
  • éviter la surcharge de travail au retour pour 26%
  • ne pas rater une opportunité pour 11%

Un salarié sur deux pense même que son entreprise n’a pas pris de dispositions suite à l’entrée en vigueur du droit à la déconnexion.

ELEAS

La 2ème étude est due au Cabinet Eléas. Elle a été conduite du 13 au 15 septembre. Les résultats sont peut-être plus nuancés (est-ce l’effet de la reprise du travail?). L’étude révèle que 33,5% des salariés restent connectés, taux qui monte à 51,5% chez les cadres.

Avec des chiffres sensiblement différents, ces deux études témoignent d’une même réalité : le droit à la déconnexion n’est pas entré dans nos réflexes. Les plus difficiles à convaincre seront peut-être les salariés eux-mêmes : 27% d’entre eux ressentent en effet, en cas de déconnexion, un sentiment de culpabilité… La séparation vie professionnelle et vie privée n’est peut-être pas pour demain…

#Gleeden revient en télévision…

C’est le 2 octobre que Gleeden revient en publicité télévisée. Ses campagnes en médias de masse ont toujours suscité de vives réactions. Avec une question de fond : une publicité prônant l’infidélité ou l’adultère est-elle conforme à notre droit? Éléments de réponses…

Selon une enquête IFOP de 2014, 1 Français sur 2 avoue avoir été infidèle (ce serait parait-il un record européen…). Et l’homme serait un peu plus infidèle que sa compagne. Mais ce sont bien les femmes qui sont les cibles des publicités de Gleeden, même si elles ne représentent que 40% des inscrits . Le positionnement du site n’est-il pas : « La rencontre extra conjugale pensée par des femmes ». Un site qui approche des 4 millions d’inscrits dont plus d’1 sur 2 serait français. (Une femme s’inscrit gratuitement alors que l’homme achète des crédits).

A chaque nouvelle campagne, son lot de réactions, voire de plaintes. La campagne qui démarre ce 2 octobre fera-t-elle exception? Rien n’est moins sûr. Alors, une publicité pouvant être considérée comme un encouragement à l’infidélité dans le couple tombe-t-elle sous le coup de la loi?

De quelques arguments

Du côté de ses partisans, on évoque bien-sûr la liberté d’expression. Or, l’affichage et internet obéissent justement à ce principe de liberté d’expression, pourvu que l’activité promue ne soit pas contraire à la loi. Et précisément, c’est en 1975 que la loi française a supprimé le caractère de faute que revêtait jusque-là l’infidélité dans le couple.

Du côté des opposants, on rappelle l’article 212 du Code Civil qui énonce : « Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance ». Dans ce contexte, la publicité pour un site de rencontres extra-conjugales reviendrait, selon eux, à encourager une violation du Code Civil, et serait donc, de fait, illégale.

Les antécédents

Gleeden s’est déjà essayé à la télévision. Mais pas toujours avec succès. Une campagne de parrainage de la météo sur BFM TV a avortée au bout de 48 heures sous la pression des réactions des téléspectateurs. Nous étions en Juin 2011.

En Octobre 2013, le JDP a été saisi pour une campagne d’affichage utilisant 3 affiches différentes, notamment celle-ci :

GLEENDEN

Le JDP, dans une décision de Décembre 2013, a donné gain de cause au site de BlackDivine. Les principaux arguments alors retenus étaient que ces affiches ne portaient pas atteinte aux grands principes du Code des Pratiques Loyales de la Chambre de Commerce Internationale (légalité, décence notamment) ni à la Recommandation de l’ARPP sur l’image de la personne humaine. Le JDP estimant que chacun était libre de se sentir concerné – ou pas – par la proposition commerciale de Gleeden.

C’est en 2015 que la justice va être saisie pour la première fois. C’est encore une campagne d’affichage qui est en cause, sur les culs de bus de la RATP. Cette fois-ci, c’est une Association d’obédience catholique qui saisit le TGI de Paris. Elle reproche à la campagne publicitaire de faire la promotion de l’infidélité. Le même type de visuel est visé. Cette campagne avait entraîné une pétition sur CitizenGo, pétition qui avait atteint 20 000 signatures. Mais le TGI de Paris donne gain de cause à Gleeden et condamne même l’Association demanderesse à 2 000€ de dommages et intérêts au titre des frais de procédure… La décision du TGI s’appuie principalement sur le fait que l’infidélité n’est plus une faute aux yeux du droit français.

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La campagne qui ne laissa pas indifférent

Source : leditodufauteuil

En Avril 2016, Gleeden revient sur le petit écran sur M6 et C8. Mais il est vrai avec un spot plus édulcoré, l’Amanturière. Le site a par ailleurs largement communiqué dans les couloirs du métro parisien et on sait sa régie particulièrement vigilante sur les risques de dérapage…

Alors quelles réactions la nouvelle campagne peut-elle déclencher? Un spot décalé qui va vous inviter à secouer votre smartphone pour faire disparaître les preuves…  Rappelons que, puisqu’il s’agit d’un spot TV, celui-ci a été obligatoirement visionné en amont par la commission spécialisée de l’ARPP. Le spot que vous pourrez voir à partir de lundi (si vous êtes un peu couche tard car il ne peut être diffusé qu’en night-time, donc après 22H30) a reçu le feu vert de l’ARPP.

Comme on le voit, le débat reste ouvert chez les juristes… Quant à la morale, il appartient bien entendu à chacun de se forger son opinion…