Archives mensuelles : novembre 2017

Faut-il déréglementer la #PubTV?

La pub TV est née le 1er octobre 1968. Le texte d’origine a déjà connu plusieurs libéralisations, notamment entre 2003 et 2007. En 2007, l’autorisation de la publicité télévisée au profit de la distribution a marqué une étape importante. Dix ans plus tard, une nouvelle étape pointe à l’horizon.

pub TV

La publicité télévisée avait exclu plusieurs secteurs économiques, principalement dans le but de protéger les autres médias, notamment la presse et l’affichage. Mais les bastions sont tombés les uns après les autres. Il en reste 3 aujourd’hui : le cinéma, l’édition littéraire et les promotions (grande distribution). Ce sont ces dernières poches de résistance qui s’apprêteraient à tomber. Pourquoi?

La télévision est aujourd’hui soumise à la concurrence des autres supports de publicités audiovisuelles qui eux, ne sont pas assujettis à ces limites. Souci de rétablir l’équité face au numérique? Car, si un récent sondage établit que la publicité TV a un impact 40% supérieur aux autres supports vidéos, difficile de nier la concurrence du numérique. Souci peut-être également de faciliter les revenus publicitaires dans les budgets de France Télévisions, budgets que l’on sait pour le moins tendus…

Bien-sûr les lobbyistes agissent pour tenter de résister. Les radios indépendantes sont particulièrement inquiètent. La presse également. L’affichage aussi. Tous 3 craignent notamment de perdre les budgets importants de la promotion. Alors vit-on notre dernier Black Friday privé de télévision?

L’autorisation de la publicité TV pour le cinéma fait probablement trembler AlloCiné. Et les producteurs de films français auront-ils les moyens financiers des producteurs de films américains? Pas sûr non plus que, dans le contexte économique (le cinéma reste cher) et technologique (plateformes de téléchargement), cette mesure amène plus de monde dans les salles obscures. On peut aussi se demander ce que vont devenir les colonnes Morris parisiennes. Le théâtre suffira-t-il à leur survie?

OpinionWay s’invite involontairement au débat en révélant les données d’un tout nouveau sondage : 89% des téléspectateurs  « changeraient d’espace » au moment des écrans publicitaires et 72% « se jetteraient sur leur 2ème écran ». Mais n’en déduisez pas pour autant que la pub TV est inefficace. Selon un autre sondage, elle aurait un impact qualitatif sur l’image de l’annonceur supérieur de 30% aux autres supports audiovisuels.

Difficile de prévoir les effets d’une telle réforme. Peut-elle remettre en cause le rapport de forces entre les médias traditionnels? Simple secousse ou véritable tsunami capable de remettre en cause l’existence de certaines radios ou journaux? Et finalement, de porter un coup au pluralisme auquel nous tenons tant?

L’avenir nous le dira. Et attendons-nous à d’autres réformes comme l’autorisation de la 3ème coupure dans les films ou la remise en cause des modes de calcul des quotas publicitaires. Comme l’a récemment d’ailleurs proposé Bruxelles… A suivre!

#Virgin Active, l’implant de la discorde

Dans notre pays, on a beaucoup parlé ces derniers temps des mannequins photoshopés. L’émoi créé par la campagne de Virgin Active en Afrique du Sud repose sur le diktat de la beauté parfaite. Faits et analyse.

Les faits

virgin active 3

Le mannequin Simone Botha Welgemoed accepte une série de poses photo pour la marque Virgin Active. Le modèle, Miss Deaf Afrique du Sud 2012 est sourde de naissance et appareillée depuis l’âge de 22 mois d’un implant cochléaire (dispositif implanté chirurgicalement à l’arrière de l’oreille). Lors des prises de vues, le modèle est appareillé. Une des photos est postée sur le compte Instagram de la marque. Mais l’implant a disparu…

virgin active 1

la photo retouchée

source : http://www.independent.co.uk

La suppression de cet implant bouleverse l’intéressée. Son accord n’avait pas été sollicité. Elle réagit assez violemment sur Facebook. La marque fait machine arrière, et retire la photo incriminée. Mais sans réellement assumer, préférant plaider l’erreur…

L’analyse

Règle internationale applicable, l’article 2 de l’ICC édicte : « La communication commerciale doit respecter la dignité humaine et ne doit encourager ou cautionner aucune forme de discrimination, y compris celle fondée sur la race, l’origine nationale, la religion, le sexe, l’âge, le handicap ou l’orientation sexuelle »

Alors le fait de retirer l’implant peut-il être analysé comme une discrimination envers les personnes handicapées? Il appartient à chacun.e de répondre en fonction de ses convictions. Mais nous ne pouvons éviter la question.

Précisons toutefois que, même si cette publicité avait été diffusée en France, le décret dit photoshop en vigueur depuis le 1er octobre ne serait pas applicable. En effet, ce décret qui exige la mention « photo retouchée » ne vise que les modifications de silhouette. Ce qui n’est pas le cas en l’espèce.

Sur le plan marketing, on peut aussi s’interroger sur la décision de Virgin Active, à un moment où le consommateur est à la recherche de plus d’authenticité. De nombreuses marques liées à la beauté l’ont compris. Maladresse de la part de Virgin Active? Peut-être celle de laisser penser qu’un implant nuit à la beauté?

Le #nutriscore en 5 questions

Après 4 ans de débats et de lobbying, le nutriscore voit enfin le jour par arrêté ministériel publié au Journal Officiel du 31 octobre. Tour d’horizon en 5 questions-clés sur ce visuel enjeu de santé publique.

1- Quels objectifs poursuit le nutriscore?

Les aliments transformés doivent mentionner sur l’emballage leurs valeurs nutritionnelles. Mais la lecture et la compréhension de ces mentions obligatoires sont souvent difficiles. L’objectif est donc d’améliorer la compréhension du consommateur et de le mobiliser en replaçant les données techniques et chiffrées par un visuel à lecture immédiate, le nutriscore.

pleine vie

2- Quels sont les aliments concernés?

Sont concernés par le nutriscore tous les aliments transformés, à l’exception de quelques uns tels que le café, le thé, les herbes aromatiques…  Sont également concernés les boissons sans alcool.

3- Comment le nutriscore est-il déterminé?

Pour positionner le produit sur le curseur du nutriscore, sont pris en considération et les nutriments à favoriser (fibres, légumes, fruits…) et les nutriments à éviter (sucre, sel, acides gras saturés…).

Le nutriscore pourrait donc à terme avoir un effet bénéfique pour la santé : inciter les fabricants à améliorer leurs produits… pour améliorer leur nutriscore !

4- Le nutriscore est-il obligatoire?

Non, le nutriscore repose sur le volontariat. Mais déjà des marques alimentaires telles que Danone et Fleury Michon, et des distributeurs tels qu’Intermarché, Leclerc, Auchan, ont annoncé qu’ils l’utiliseraient sur les emballages de leurs produits.

On compte donc sur l’effet marketing... même si certaines marques auront un peu de mal à l’utiliser. On pense aux fabricants de chocolats ou de confiseries…

5- Comment lire le nutriscore

Le nutriscore doit se trouver sur la face avant de l’emballage pour en encourager la lecture. Il repose sur un double symbole :

  • 5 lettres de A (produit recommandé ++) à E (produit non recommandé –)
  • 5 couleurs allant du vert (++) au rouge (–)

Rendez-vous en boutique dans quelques mois, le temps nécessaire à la conception des nouveaux emballages…

 

L’appli étudiante #izly à l’épreuve des données personnelles

Lancée par le Cnous en 2014, en collaboration avec la BPCE, l’application izly se retrouve malgré elle au cœur d’une polémique sur la protection des données personnelles.

IZLY

C’est le souci de dématérialiser les paiements dans les restaurants universitaires qui a donné naissance à l’application izly. Une fois téléchargée, (et le compte alimenté), elle permet de régler son repas au restaurant universitaire avec sa carte étudiant ou son smartphone, via l’utilisation d’un QR Code. L’application a donc toute sa raison d’être. Le Cnous en fait la promotion auprès des étudiants et futurs étudiants, allant jusqu’à offrir un repas gratuit en cas de téléchargement. Et la promesse d’izly est rassurante :

« Le paiement sur le campus –

simple et sécurisé »

Mais dans son édition du 20 octobre, Le Monde jette le trouble en révélant que certaines données personnelles sont transmises à des sociétés de marketing et risquent donc d’être utilisées dans des opérations de publicité ciblée. Les données personnelles en cause concernent les éléments de  géolocalisation de l’utilisateur (dans le cas bien-sûr où ce dernier l’a acceptée).

Même si les données transmises à des sociétés tiers se limitent à la géolocalisation, elles sont néanmoins susceptibles de révéler des éléments de la vie privée de l’étudiant : ses habitudes de consommation à la faculté, sa localisation, le temps qu’il consacre à sa restauration ou plus banalement ses déplacements…

Et toujours selon Le Monde, l’étudiant ne serait pas clairement averti des transferts de données, et n’aurait donc pu donner son accord en toute connaissance de cause – comme le veut la loi.

Le cas d’izly est révélateur d’une société chaque jour plus numérique. Une prise de conscience s’impose quant aux conséquences de ces options de géolocalisation. Les accepter n’est jamais neutre. Car nous sommes entrée de plain pied dans l’ère du profilage marketing.

Mais saluons la décision du Cnous qui a fait preuve et de rapidité dans la gestion de cette crise, et de sagesse en annonçant, dès le lendemain de l’article du Monde, la suppression de l’option de géolocalisation. Comme le prouve le site de promotion de la version 2.2 mise à jour en date du 24 octobre :

« Nouveautés de la version 2.2

Cette version d’Izly n’utilise plus la fonction de géolocalisation du téléphone.
Dans les précédentes versions, l’activation de la fonction de géolocalisation était possible sur Izly et soumise à l’autorisation de l’utilisateur. »

Dont-acte !