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La filière textile en quête d’éthique

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La filière textile est accusée de tous les maux, mais les professionnels du secteur prennent conscience des enjeux et multiplient les initiatives pour une production et une communication plus responsables. Intéressons-nous à 3 d’entre elles.

La filière textile fait partie des industries les plus polluantes. Elle rejetterait 20% des eaux usées, 35% des microplastiques et utiliserait environ 20% des pesticides. Ses émissions carbone et de gaz à effet de serre (1,2 milliard de tonnes selon l’Ademe) sont également bien réelles. Bref, la filière se doit de réagir pour ne pas ternir davantage son image.

La campagne #RRR

Réparons, Réutilisons, Recyclons, c’est la récente campagne de communication lancée par EcoTLC, campagne qui a mobilisé 66 marques du secteur TLC (Textile, Linge de maison, Chaussures). EcoTLC est l’éco-organisme créé en 2008 et financé par la filière depuis que cette dernière a été soumise à la Responsabilité Élargie du Producteur par la loi du 21 décembre 2006. Désormais, producteurs et distributeurs de la filière paient une éco-taxe versée à EcoTLC. Les sommes récoltées en 2018 se sont élevées à presque 22 millions d’€ et ont été réinvesties, principalement dans un soutien financier aux centres de tri. Ce qui fait de cette filière l’une des mieux organisée en termes de tri, avec quelque 340 organismes collecteurs soit près de 45 000 points de collecte d’effets usagés. EcoTLC compte désormais plus de 4 000 adhérents.

Du 5 au 13 octobre dernier, vous n’avez pas échappé à la campagne « j’ai la fibre du tri » dont l’objectif était d’inciter le consommateur à donner une 2ème vie aux vêtements ou chaussures oubliés dans les placards. Une petite visite au site lafibredutri.fr apporte des conseils utiles à qui veut revaloriser ses « vieux » vêtements.

Une campagne d’ampleur qui aura mobilisé 66 marques, 3 300 points de vente et 15 000 collaborateurs et qui a été à l’origine de nombreuses animations, notamment dans les points de vente des marques participantes.

Le Fashion Pact

Le Fashion Pact est tout récent et a été confié à François-Henri Pinault, PDG du Groupe Kering, sous l’impulsion, il est vrai, d’Emmanuel Macron. L’objectif est de mobiliser les marques du secteur textile à la cause de la protection de la planète. Mais ici, les engagements sont à plus long terme. 2030 pour l’élimination des plastiques à usage unique et pour la restauration de la biodiversité. Et 2050 pour une émission zéro CO2.

La Fashion Pact a tenu sa première plénière le 25 octobre, réunissant les 56 marques qui ont rejoint cette démarche. On y trouve aussi bien des marques grand public telles que Eram ou Kiabi ou encore Celio, des marques premiers prix telle que Promod, mais aussi des marques de luxe comme Kering, Lucci ou YSL, et même des distributeurs comme Carrefour et les Galeries Lafayette ou encore La Redoute.

Espérons que le Fashion Pact ne soit pas qu’un effet d’annonce. Il devra se structurer et planifier, mais aussi sans doute prévoir des sanctions en cas de non respect des engagements par un adhérent. Il a l’avantage de poser le problème sur le long terme et ainsi d’accompagner les marques vers la nécessaire restructuration de leur production.

Vers des Fashion Weeks responsables?

Il y a un peu plus d’un mois, la filière textile avait les yeux tournés sur l’hippodrome de Longchamp où se déroulait la Fashion Week de la collection printemps-été 2020 des collections Dior. Plusieurs mesures ont permis de limiter l’impact écologique d’un tel événement. Les décors ont utilisé 170 arbres qui seront tous replantés en région parisienne. Les bois et les tissus seront tous revalorisés. Les groupes électrogènes fonctionnaient au colza. Un exemple sans doute pas parfait, mais qui a peut être le mérite d’ouvrir la voie à un événementiel plus éthique.

Ce mouvement peut-il aller jusqu’à remettre en cause le concept même des Fashion weeks? C’est le pas franchi avec courage par le Conseil de la mode suédois puisqu’il a pris la décision d’annuler la Fashion Week prévue à Stockholm en août dernier, estimant cet événement « dépassé ».

Ces trois exemples sont à saluer. Mais l’accent est sans doute aujourd’hui à mettre sur la sensibilisation, voire l’éducation, du grand public. Et l’enjeu est de taille puisque, selon modetextile.fr chaque Français consomme chaque année 9,5 kg de produits alors que seulement l’équivalent de 3,6 kg connaissent une 2ème vie. Et pourtant, lorsque les produits sont confiés à un centre de tri, ils connaissent une 2ème vie dans plus de 99% des cas.

Éduquer le consommateur, concevoir une production plus responsable à moyen et long terme, réfléchir à une communication plus éthique, toutes ces initiatives ont leur sens dans la recherche d’une filière plus éthique.