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« Publicité et nouvelles censures. La publicité bouc-émissaire ». Avis du CEP

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Devant la multiplication des attaques dont la publicité a fait l’objet ces derniers mois, le Conseil de l’Éthique Publicitaire vient de réagir. Dans son avis Publicité et nouvelles censures – La publicité bouc émissaire paru fin août, le CEP s’efforce de décrypter ce qui a pu conduire à cette situation tout en attirant l’attention sur les risques qu’elle présente.

La publicité bouc-émissaire

Ce n’est pas un phénomène nouveau, voici plus de 30 ans que la publicité est montrée du doigt. Mais le Conseil constate que le phénomène prend de l’ampleur. Pour le Conseil, la publicité est accusée de tous les maux, qu’ils soient individuels (comme la frustration ou la mésestime de soi) ou collectifs (comme les inégalités ou le réchauffement climatique).

Les prises de position anti-publicité qui ont fleuri ces derniers temps sont pour le CEP d’autant plus dangereuses qu’elles s’exercent sous couvert d’intérêt général et qu’elles prennent appui sur une demande accrue d’autoritarisme et de réglementation. Le mythe d’une publicité et d’un marketing tout puissants a la vie dure alors que la France est le pays le plus normatif en matière publicitaire. Ainsi, selon un rapport de l’Union Des Marques qui date de 2016, il existait à date 865 mentions obligatoires dans la publicité dont par exemple 32 rien que pour la publicité automobile. L’avis du CEP évoque également le fait que durant le quinquennat de Monsieur Hollande, ont été promulgué 30 textes concernant la publicité et 23 au cours des 2 premières années du quinquennat de Monsieur Macron.

Une société en demande de censure

L’avis du CEP alerte sur le fait que notre société exprime ainsi une demande de censure et de davantage d’autorité, voire de sanction. Pour le CEP, on voit monter une véritable police de la pensée et du politiquement correct et la publicité n’échappe malheureusement pas à cette tendance moralisatrice. On serait aussi en face d’une montée des individualismes dans laquelle la liberté du récepteur est jugée supérieure à celle de l’émetteur. Un récepteur que l’on considère trop souvent comme manipulé. Montée également des communautés qui ont tendance, avec les puissants moyens de communication actuels à imposer leur point de vue, quitte à brider de leur liberté d’expression ceux qui ne le partagent pas. Le Conseil n’hésite pas à parler de la « tyrannie des minorités », tyrannie qui soulève un débat de fond, celui des libertés fondamentales.

La publicité, une œuvre de l’esprit

Voilà un rappel qui fait du bien. Le CEP rappelle que si la mission première de la publicité est de faire vendre, de susciter le désir, elle est aussi dans notre droit une « œuvre de l’esprit » et donc en tant que telle dotée des droits de la propriété intellectuelle. Elle est donc aussi une voix de la liberté d’expression. Le haro général et la réglementation de plus en plus contraignante font que cette liberté d’expression a de plus en plus de mal à s’exprimer. Dans son avis le CEP réaffirme qu’il est vital de défendre toutes les formes de la liberté d’expression et donc y compris l’expression publicitaire, même si cela « doit aller à l’encontre de notre confort intellectuel ou moral ».

Recommandations

L’avis « Publicité et nouvelles censures – La publicité bouc-émissaire» conclut sur 4 recommandations

  • La profession publicitaire doit s’organiser pour dénoncer les stéréotypes et les caricatures dont la publicité est affublée pour défendre l’idée que non la publicité n’est pas la source de tous les maux et que non elle n’est pas davantage toute puissante
  • Considérer et rappeler que le récepteur-consommateur est capable de discernement, qu’il n’est pas « un imbécile manipulable à merci »
  • Les marques, les entreprises, doivent lutter contre l’idéologie de l’écologisme et de la bien-pensance et elles doivent prendre garde à « la course à la responsabilité sociale » et aux risques qu’elle peut représenter
  • Agir contre l’emprise des grandes plateformes numériques, les fameux GAFA.