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Quand la Ministre de la communication défend son droit à l’image et sa vie privée

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Aurélie FILIPPETTI, Ministre de la Culture et de la Communication, vient d’assigner, en date du 16 janvier, le site Voici.fr et la revue Closer pour la publication de photos la représentant en bikini, avec son compagnon (flouté) sur une plage de l’Ile Maurice au cours des fêtes de fin d’année.

Elle réclame 50 000€ de dommages et intérêts à chacun des organes de presse.

Quelles sont ses chances d’obtenir gain de cause?

L’infraction est bien identifiée : à la fois non respect de son droit à l’image et de sa vie privée.

La violation du droit à l’image ne fait aucun doute, puisque la Ministre n’était pas dans l’exercice de ses fonctions. Il s’agit de photos privées, non couvertes par la fonction de l’intéressée. La presse doit donc se montrer prudente pour les utiliser

Mais là s’ouvre un paradoxe

Pour espérer des dommages et intérêts aussi élevés (on se souvient de Ministres, et même de Présidents de la République qui ont dû se contenter du franc ou de l’euro symbolique), la Ministre va devoir prouver un préjudice.

La révélation de sa vie privée, et donc de sa vie de couple peut-elle constituer un préjudice et justifier de telles sommes? Sans doute pas. En effet, le visage du compagnon est flouté, donc le seul scoop est que la Ministre a une vie de couple… Pas de quoi renverser les montagnes!

Alors peut-elle plaider une atteinte à sa carrière politique?

Pourquoi pas. Mais pour faire un tel raisonnement il faudrait partir de l’idée que se détendre dans les iles lointaines est répréhensibles politiquement.

On se souvient que François Hollande avait demandé à ses Ministres de passer des fêtes sans signes ostentatoires de luxe et si possible… en France.

L’image politique de la Ministre serait donc écornée par le non respect des consignes présidentielles, ce qui pourrait justifier la demande de dommages et intérêts.

Mais nous sommes alors devant un paradoxe : la presse pourrait plaider que la révélation faite constitue une information utile à l’électeur. En somme un argument à double tranchant pas facile à manier.

Retenons surtout

Retenons finalement que cette affaire démontre une fois encore le lien étroit entre droit à l’image et droit au respect de la vie privée qui est l’un de ses fondements.

Et attendons l’avis des magistrats.