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#Gleeden revient en télévision…

C’est le 2 octobre que Gleeden revient en publicité télévisée. Ses campagnes en médias de masse ont toujours suscité de vives réactions. Avec une question de fond : une publicité prônant l’infidélité ou l’adultère est-elle conforme à notre droit? Éléments de réponses…

Selon une enquête IFOP de 2014, 1 Français sur 2 avoue avoir été infidèle (ce serait parait-il un record européen…). Et l’homme serait un peu plus infidèle que sa compagne. Mais ce sont bien les femmes qui sont les cibles des publicités de Gleeden, même si elles ne représentent que 40% des inscrits . Le positionnement du site n’est-il pas : « La rencontre extra conjugale pensée par des femmes ». Un site qui approche des 4 millions d’inscrits dont plus d’1 sur 2 serait français. (Une femme s’inscrit gratuitement alors que l’homme achète des crédits).

A chaque nouvelle campagne, son lot de réactions, voire de plaintes. La campagne qui démarre ce 2 octobre fera-t-elle exception? Rien n’est moins sûr. Alors, une publicité pouvant être considérée comme un encouragement à l’infidélité dans le couple tombe-t-elle sous le coup de la loi?

De quelques arguments

Du côté de ses partisans, on évoque bien-sûr la liberté d’expression. Or, l’affichage et internet obéissent justement à ce principe de liberté d’expression, pourvu que l’activité promue ne soit pas contraire à la loi. Et précisément, c’est en 1975 que la loi française a supprimé le caractère de faute que revêtait jusque-là l’infidélité dans le couple.

Du côté des opposants, on rappelle l’article 212 du Code Civil qui énonce : « Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance ». Dans ce contexte, la publicité pour un site de rencontres extra-conjugales reviendrait, selon eux, à encourager une violation du Code Civil, et serait donc, de fait, illégale.

Les antécédents

Gleeden s’est déjà essayé à la télévision. Mais pas toujours avec succès. Une campagne de parrainage de la météo sur BFM TV a avortée au bout de 48 heures sous la pression des réactions des téléspectateurs. Nous étions en Juin 2011.

En Octobre 2013, le JDP a été saisi pour une campagne d’affichage utilisant 3 affiches différentes, notamment celle-ci :

GLEENDEN

Le JDP, dans une décision de Décembre 2013, a donné gain de cause au site de BlackDivine. Les principaux arguments alors retenus étaient que ces affiches ne portaient pas atteinte aux grands principes du Code des Pratiques Loyales de la Chambre de Commerce Internationale (légalité, décence notamment) ni à la Recommandation de l’ARPP sur l’image de la personne humaine. Le JDP estimant que chacun était libre de se sentir concerné – ou pas – par la proposition commerciale de Gleeden.

C’est en 2015 que la justice va être saisie pour la première fois. C’est encore une campagne d’affichage qui est en cause, sur les culs de bus de la RATP. Cette fois-ci, c’est une Association d’obédience catholique qui saisit le TGI de Paris. Elle reproche à la campagne publicitaire de faire la promotion de l’infidélité. Le même type de visuel est visé. Cette campagne avait entraîné une pétition sur CitizenGo, pétition qui avait atteint 20 000 signatures. Mais le TGI de Paris donne gain de cause à Gleeden et condamne même l’Association demanderesse à 2 000€ de dommages et intérêts au titre des frais de procédure… La décision du TGI s’appuie principalement sur le fait que l’infidélité n’est plus une faute aux yeux du droit français.

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La campagne qui ne laissa pas indifférent

Source : leditodufauteuil

En Avril 2016, Gleeden revient sur le petit écran sur M6 et C8. Mais il est vrai avec un spot plus édulcoré, l’Amanturière. Le site a par ailleurs largement communiqué dans les couloirs du métro parisien et on sait sa régie particulièrement vigilante sur les risques de dérapage…

Alors quelles réactions la nouvelle campagne peut-elle déclencher? Un spot décalé qui va vous inviter à secouer votre smartphone pour faire disparaître les preuves…  Rappelons que, puisqu’il s’agit d’un spot TV, celui-ci a été obligatoirement visionné en amont par la commission spécialisée de l’ARPP. Le spot que vous pourrez voir à partir de lundi (si vous êtes un peu couche tard car il ne peut être diffusé qu’en night-time, donc après 22H30) a reçu le feu vert de l’ARPP.

Comme on le voit, le débat reste ouvert chez les juristes… Quant à la morale, il appartient bien entendu à chacun de se forger son opinion…